Chronique n° 50 : Au revoir !

Je dois revenir à Paris. J’ai passé quinze mois en Meuse. J’ai rédigé cinquante chroniques. Ces chiffres, cette durée, ces articles reflètent mon activité professionnelle dans ce département. Mais ils ne constituent nullement l’essentiel et même l’important. Le vécu est irréfragable, abyssal.

J’ai découvert une contrée et son peuple. Malgré l’occupation ennemie sur un tiers du territoire, malgré les destructions, près de la moitié des villages, malgré les lieux d’affrontements, les plus sanglants de cette guerre, malgré tous ces malheurs, la Meuse résiste. Tout devient sacré sur cette terre. La Butte de Vauquois, la Crête des Eparges, le Saillant de Saint-Mihiel et le champ de bataille de Verdun jalonnent le département comme les stations d’un chemin de croix.

J’ai marché le long de la route reliant Bar-le-Duc à Verdun ; j’ai visité les terrains d’aviation autour de Souilly, les ambulances de Dugny, les gites, étapes et centres de dépôts de Heippes à Sommedieue. J’ai observé le Poilu dans son quotidien à la halte, au repos à l’arrière-front, quand il montait en ligne, quand il en redescendait.

A Bar-le-Duc, j’ai pu mesurer ce qui avait été fait pour accueillir les réfugiés, soigner les innombrables blessés, organiser les ravitaillements et les transports. Dans bien des localités, les habitants qui sont restés ont ouvert leurs portes. Certes, les réquisitions ont parfois contraint la générosité mais dans la disette et le malheur le partage est difficile. J’ai cité Rupt-en-Woëvre que j’ai baptisé Rupt-en-Dévouement.

J’ai surtout rencontré des personnes remarquables dans leur patriotisme et leur désintéressement. Monsieur Heymes et le Commandant X (je regrette de devoir conserver son anonymat !) m’ont ouvert toutes les portes possibles. Le Général Dubail à Paris et à Bar-le-Duc m’a donné des explications et des informations déterminantes. J’ai pu ainsi comprendre et faire partager aux lecteurs des réponses aux nombreuses questions que l’on se pose légitimement. J’ai interrogé le colonel Driant, deux mois avant sa mort glorieuse et le Commandant de Rose. Que Dieu le Garde !

La liste est longue. Ce que je retiens de la Meuse est impossible à décrire. Terre de sacrifices, d’héroïsme, elle m’a accueilli les bras ouverts mais s’ils sont tant meurtris. Son malheur et sa générosité font sa grandeur. Jamais je ne l’oublierai. Au revoir, chère Meuse !

 

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