Chronique n° 49 : Il est repris !

J’apprends, à l’instant, que hier, 24 octobre, nous avons repris le Fort de Douaumont, perdu le 25 février. Pris par surprise, sans éclat mais avec cris de victoire aussi retentissants qu’incongrus, il est redevenu territoire français grâce au courage d’un régiment de l’Armée d’Afrique et par un véritable fait d’armes digne de nos glorieuses pages militaires. L’exagération n’a pas sa place ici et la relation scrupuleuse de l’attaque nous démontrera la réalité des faits et la vaillance de nos troupes.

Cette journée d’automne commençait par un froid sec, une brume qui s’épaississait en brouillard recouvrant tout le champ de bataille. La visibilité était faible. C’est un inconvénient pour le réglage des tirs et la progression de l’infanterie mais c’est, aussi, un avantage pour surprendre l’ennemi. Le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc (RICM) est le fer de lance de l’attaque. Il arrive sur zone vers 13 heures. Une demie heure plus tôt sont arrivés en réserve d’intervention des tirailleurs et des zouaves. Une compagnie du 19° Génie est là aussi. Son savoir-faire technique sera utile. D’autres unités de la 38° Division d’Infanterie attendent les ordres pour participer à l’assaut. Ainsi, métropolitains et coloniaux, fantassins, sapeurs et artilleurs participeront à l’attaque. C’est toute l’Union française qui est là !

Au début de l’après-midi, les objectifs intermédiaires sont atteints. Le 4° Régiment Mixte (zouaves et tirailleurs) a repris le village de Douaumont. Mais le brouillard a momentanément égaré le 8° Bataillon du RICM. Le Commandant Nicolaï, son chef, grâce -m’a-t-on dit- au renseignement d’un soldat allemand isolé, retrouve le chemin du fort. A 15 heures, la conquête est achevée. Tout cela semble facile à raconter. Les difficultés dans la progression, les pertes infligées par un ennemi qui défend sérieusement sa conquête hasardeuse de février, grandissent l’exploit des vainqueurs. Il faut imaginer ces troupes qui attaquent par un temps défavorable une forteresse surarmée où se loge une pugnacité incontestable. Il faut les imaginer ces soldats venus d’Afrique, connaissant plus le sable que la boue, plus le désert que les bois même déchiquetés. Si l’attaque ne dure que deux heures, la progression lente occupe toute la matinée. Ah ! ce sacré brouillard qui a failli perdre durablement le 8°bataillon.

Au-delà de cette narration générale, on ne peut passer sous silence le prodigieux exploit de deux sapeurs appartenant au 19°Génie. Jean Ygon, secondé par un camarade, capture trois mitrailleuses et deux canons. Paul Dumont avec quatre coloniaux pénètre le premier dans le fort et capture lui aussi une vingtaine de soldats dont quatre officiers. On voit par ces faits que le succès à Douaumont est à partager par l’ensemble de l’armée. Les artilleurs ont préparé remarquablement l’attaque, les fantassins ont été irrésistibles dans leur élan, les sapeurs ont eu du courage, de la chance et du…génie.

La conclusion de cette chronique tient en peu de mots. Les Allemands paraissent découragés. Ce soldat ennemi qui renseigne le Commandant Nicolaï, cette vingtaine de prisonniers qui se rendent à une double escouade totalisant à peine dix hommes mais dirigée par les audacieux Ygon et Dumont, montrent la lassitude de l’ennemi. Le Général Pétain a écrit « On les aura », le Général Nivelle peut dire « On les a eus » ! La victoire finale est proche.

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