Chronique n°44 : L’Honneur de Verdun

Depuis le 21 février on savait que Verdun se couvrait de gloire sous les décombres. On savait que sur le champ de bataille, là-haut, à son Nord, l’héroïsme surmontait l’horreur. On savait enfin que l’Allemand se casserait les dents en voulant traverser la Meuse et en croyant pouvoir s’installer dans les murs de la Citadelle. A vrai dire, quand l’été arriva, il avait perdu. Ses illusions se sont enfuies près de Souville. Il ne lui reste plus qu’à faire la même chose et de retrouver ses tranchées de départ qu’il n’aurait jamais dû quitter. Certes la bataille n’est pas finie mais, chaque jour, la victoire se rapproche. Inexorablement, elle s’insinue dans le cœur de nos valeureux Poilus ; elle s’inscrit dans les reprises de terrains ; à Fleury, entre autres. La défensive acharnée a engendré, préparé, suscité les attaques de ces dernières semaines qui nous apporteront la conquête définitive. Devant tant de sacrifices le Commandement, que dis-je, le Gouvernement pouvaient-ils rester silencieux ? Ne devaient-ils pas récompenser la ville ? Après avoir honoré nos soldats oublieraient-ils la ville, ses dix mille réfugiés et ses glorieuses ruines ?

Non. Le Président Poincaré a décidé, en accord avec ses Ministres et ses Généraux de décorer la ville. Il va le faire doublement en lui attribuant la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre avec palme. Les deux médailles s’expliquent et se complètent. Mais au de-là des raisons militaires qui se justifient pleinement, prévaut la reconnaissance nationale pour une ville qui a plus que mérité de la Patrie. La résistance de Verdun est un véritable symbole. Il s’inscrit en lettres d’or dans le grand livre de l’histoire française. Dans cet ouvrage chaque page raconte la force, la puissance et la grandeur de notre pays. Dans cet ouvrage, Verdun avait déjà écrit quelques lignes mémorables ; il vient d’ajouter un chapitre entier où domine le sublime. Les Allemands auraient dû lire ce livre sur la France et Verdun ; cela leur aurait évité des déconvenues…

Naturellement, la remise des médailles ne pouvait se faire dans l’incognito ou loin du front. Même la cour des Invalides, malgré son histoire et son faste, se serait révélée trop petite pour accueillir la ville héroïque ; le Président de la République et le Maire auraient dévoilé une frilosité bien indigne des combattants de la Meuse. Il fallait aller au plus près de l’ennemi ; il fallait qu’il entende les sonneries du ban que l’on ouvre pour les discours et la cérémonie elle-même. Il fallait que les murs retentissent, résonnent pour bien témoigner de la reconnaissance nationale exprimée par les plus hautes autorités de l’Etat. C’est donc dans les casemates de la fameuse Citadelle que Verdun reçut en ce 13 septembre la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre.

Ce 13 septembre est un grand jour. Il l’est d’autant plus qu’il y a exactement quarante-trois ans, l’Allemagne évacuait définitivement la France. Contrairement à ses calculs, elle avait cru s’installer durablement pensant que notre pays serait endetté plus longtemps. Décidément Germania aime s’illusionner ! Ainsi, cet anniversaire accroît la solennité de l’évènement. La plupart de nos alliés sont présents. Tous honorent la ville de leurs plus hautes distinctions. L’Angleterre, l’Italie, la Serbie, et bien d’autres pays, agrafent leurs médailles sur le coussin rouge officiel. Le Japon offre un sabre de samouraï. On devine ce que cela signifie.  La Belgique est là, en pionnière, puisque Liège est la première ville à être décorée de la Légion d’Honneur. C’était en août 1914. Dans ces moments d’émotion, on perçoit la renommée mondiale de Verdun.

Il faut laisser au Président Poincaré, ce grand Meusien, l’honneur de conclure cette modeste chronique. Voici un court -trop court- extrait de son discours le 12 septembre : « Ce nom de Verdun représente chez les neutres comme chez nos alliés ce qu’il y a de plus beau, de plus pur, de meilleur dans l’âme française. Il est devenu comme synonyme synthétique de patriotisme, de bravoure, de générosité. (…) Messieurs, voici ces murs où se sont brisées les suprêmes espérances de l’Allemagne impériale. C’est ici qu’elle a cherché à remporter un succès bruyant et théâtral ; c’est ici qu’avec une fermeté tranquille la France lui a répondu ‟ On ne passe pas‟ ».

Nicolas BLANDIN, le 19 septembre 1916

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