Chronique n°40 : Nous ne sommes pas seuls

En fréquentant bon nombre de « popotes », celles des officiers en particulier, tout au long de mon parcours sur la route sacrée, j’ai pu avoir des nouvelles d’autres fronts et surtout recueillir les réflexions de mes différents interlocuteurs. En cet été, sur cette terre meusienne, en pleine bataille de Verdun, l’évènement local nous pousse à oublier que dans cette lutte gigantesque, contre un ennemi qui ne progresse plus mais qui semble résolu à payer le prix lourd pour une défaite inéluctable, nous avons des alliés au courage exemplaire.

Il y a tout juste un mois les Anglais ont lancé une grande offensive sur la Somme, essentiellement dans la région de Péronne. Le 1° juillet dernier la bataille a vraiment commencé après une préparation d’artillerie déclenchée le 24 juin. Les pertes de nos amis d’outre-Manche sont énormes ; on les évaluerait entre 40 et 50 000. Mais nos forces ne sont pas absentes de ce théâtre d’opérations. La VI° Armée commandée par le Général Fayolle est au centre ; elle obtient quelques succès initiaux. Ceci soulage nos alliés de la forte résistance allemande. Cette offensive -certes coûteuse- est tout de même bien venue. La pression sur Verdun diminue, d’autant qu’à cette même date, nous reprenons l’initiative et, de fait, du terrain.

On se félicite à maintes occasions de notre alliance avec la grande Russie du Tsar Nicolas II qui se bat courageusement sur le front de l’Est. Elle nous apporte une aide déterminante en attirant dans les vastes plaines polonaises les hordes teutonnes. Autant d’ennemis en moins dans les tranchées de France. Mais il y a un évènement qui a été trop souvent occulté : le débarquement d’un corps expéditionnaire russe le 20 avril dernier à Marseille. Parti de Daïren, port russe en Chine, le 29 février, passant par Saigon, Colombo et le canal de Suez, il atteint la ville phocéenne après 70 jours de traversée. Deux jours après son arrivée, sous les ordres de son chef, le Général Lokhvitsky, il défile majestueusement et dans une liesse générale dans les rues principales dont la célèbre Canebière. A côté du premier peloton les Marseillais s’émerveillent de voir la mascotte du régiment, le jeune Kostia Pavlovitch, âgé de treize ans. Mais ce contingent méditerranéen ne sera pas le seul. Un autre est prévu d’arriver ce mois-ci à Brest et à La Palice. Il a embarqué à Arkhangelsk.

Les troupes du Général Lokhvitsky suivent une instruction serrée pendant plusieurs semaines au camp de Mailly en Champagne. C’est le célèbre Général Gouraud qui bénéficie de ce renfort d’excellente réputation. D’ailleurs cet officier général français qui s’y connaît pour apprécier la valeur combative des soldats écrit le 21 juin dans un rapport : « Le soldat (russe) est discipliné, dévoué, d’esprit curieux, et se forme rapidement ; l’ensemble donne une impression de force saisissante ; l’unité russe est une arme de choc, qui bien instruite, sera irrésistible ». Naturellement, ces régiments russes ne resteront pas à l’instruction. Ils sont depuis moins d’un mois en première ligne dans la région d’Aubérive, près de Suippes. Donc tout près de la Meuse. Sans nul doute, leur présence gêne quelque peu nos ennemis…

Et chez notre voisine italienne comment la guerre évolue-t-elle ? A la mi-mai, les Autrichiens déclenchent une grande offensive sur le plateau d’Asiago, dans le Trentin.  Dès le début, ils remportent de gros succès et le gros des forces italiennes est menacé. Mais le Général Cadorna forme une armée de secours en urgence qui permet de repousser les soldats de la Double Monarchie sur leurs positions de départ. Ce retournement de situation montre bien que l’ennemi est encore bien loin de la victoire. Illusion soigneusement entretenue de l’autre côté du Rhin.

En Picardie, en Champagne, au-delà des Alpes et aussi dans les Balkans, nous avons des alliés. Qu’ils soient Anglais, Russes, Italiens ou Serbes, ils se battent à nos côtés contre l’envahisseur et pour rétablir une paix durable en Europe. Nous ne sommes pas les seuls ni en France, ni en Europe, sur mer et dans l’Empire. Quand les Etats-Unis décideront ils de nous rejoindre ? L’an dernier le torpillage du Lusitania par la marine allemande avait failli provoquer leur entrée en guerre. Les sous-marins du Kaiser détruisent les navires de commerce mais finissent par construire une solidarité internationale. La grande Amérique nous rejoindra.

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