Chronique n°37: Au bout de la route (fin)

Après deux jours de marche, j’arrivai à Souilly. Je ne pus aller plus loin car la réglementation concernant la circulation des civils était sévère dans ce secteur. Mais cela ne me dérangeait pas outre mesure. Il y a tant de choses à voir et à écrire… Ma marche avec les soldats du front et mes entretiens avec les territoriaux m’ont permis d’apprendre et de vous faire partager les sentiments des uns et des autres. Cette expérience m’a beaucoup apporté car j’ai pu découvrir, au contact, les difficultés et les préoccupations quotidiennes dans la zone de l’arrière : celles des habitants qui sont restés, cherchant à survivre malgré leur dénuement, et celles des combattants qui accomplissent leur devoir, ingrat pour les « pépères », et sacrificatoire pour les Poilus.

Souilly ignorait avant 1914 la renommée que la Guerre lui apporterait. Située à un vingtaine de kilomètres au Sud de Verdun, la commune frôlait, à la fin du siècle dernier,  le millier d’habitants. Avec les prémices de l’exode rural et surtout le départ de nombreux réfugiés, il ne reste plus aujourd’hui qu’une centaine de personnes. Pour autant, Souilly ne mène pas une vie calme. Au contraire. Une intense activité militaire règne partout. Toutes les troupes montantes ou descendantes y passent. Les ambulances automobiles, aménagées pour un transport plus ou moins long des blessés y stationnent car les hôpitaux foisonnent dans la région. Il y a aussi des véhicules sanitaires spécialisés, en particulier ceux destinés à la fonction radiologique. Dans ce domaine, j’ai fait une découverte des plus intéressantes. Les Américains, neutres dans ce conflit mondial, ne se désolidarisent pas de la France. Dès le début de la guerre, ils ont créé l’American Ambulance Field Service (AAFS). Par ce biais, ils nous apportent une aide appréciable, concrète et efficace. D’ailleurs, pas loin d’ici, aux Monthairons, le château a été réquisitionné par l’AAFS et un hôpital des mieux équipés soigne, avec diligence et compétence, nos blessés du front de la bataille de Verdun. Ah ! Si les Etats-Unis nous rejoignaient dans notre lutte contre Germania !

La présence militaire dans ce lieu est plus qu’importante. Je viens de citer le passage de la troupe, la circulation des véhicules, l’intense activité de la fonction sanitaire. Mais il faut ajouter aussi, les lieux de stockage de munitions et de vivres. Celles-ci transitent presque toujours par Souilly avant d’alimenter le front nord (Verdun) ou de rejoindre Sommedieue pour la zone des Eparges et de la Woëvre. C’est ici encore que nos as de l’aviation prennent directement ou par leur hiérarchie leurs ordres de combat. D’ailleurs, un certains terrains d’aviation ne sont pas loin (*). Je ne peux passer sous silence la présence, à la mairie de la commune, du Quartier Général de la II° Armée française. Là, les Généraux de Castelnau et Pétain se sont succédé. Là, sur le perron auquel on peut accéder par un double escalier, le Général Pétain voyait passer ses soldats. Malgré sa retenue, son émotion était grande. Des proches l’ont affirmé. Mais maintenant, c’est le Général Nivelle qui commande. Je suis reçu par un officier d’Etat-major. S’il ne m’autorise pas à pénétrer à l’intérieur il  me donne, bien volontiers,  quelques nouvelles de Verdun. Certes, elles datent du début du mois mais elles sont trop importantes pour les négliger.

Les Allemands ont mené une lutte acharnée autour de Souville. La résistance du fort a été admirable et l’échec de l’ennemi sonne le glas de son offensive. A cinq kilomètres des abords de Verdun, ils n’ont pas réussi ! Ils ne réussiront jamais. A Froideterre, c’est le même glorieux scénario. Nos Poilus savent défendre et personne ne peut vaincre leur volonté de conserver une partie du sol de la Patrie. Cette terre, fût-elle un simple lambeau, est sacrée. Cet été, la bataille de Verdun qui devait être aux yeux du Kronprinz la grande victoire allemande s’est transformée, peu à peu, grâce à la détermination de nos chefs et au courage de nos fantassins en une magnifique défense française. Les jours où l’ennemi sera repoussé dans ses tranchées qu’il a quittées bien  témérairement le 21 février sont proches ! Soyons confiants.

Je suis arrivé au bout de la route mais pas de mes contacts avec nos braves soldats. Comme je l’ai dit précédemment, il me reste encore beaucoup à dire. Au cours de mon déplacement, j’ai rencontré un aumônier. Après l’office dominical, il a bien voulu partager mon « repas » à la popote des officiers à Souilly. J’ai été édifié…

(*) Voir chronique n° 21

Nicolas BLANDIN, le 22 juillet 1916

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