Chronique n°13 : La guerre et la capitale

C’est sous cette forme que je titrais mes premières chroniques, il y a trois mois. Je la reprends cette fois en toute logique. En effet, je suis pour quelques jours à Paris afin d’être en famille pour le nouvel an. Mais c’est encore et toujours la guerre bien qu’ici elle se voit fort différemment sous certains aspects tout en ayant des points communs avec d’autres. Aussi, je vous emmène dans la capitale.

A marcher dans les rues de Paris, le promeneur est d’abord frappé par la sérénité des habitants. Certes, en août-septembre de l’année dernière, la menace allemande était grande. Beaucoup s’imaginaient un déferlement ou un siège comme en 1870. Le miracle de la Marne a dissipé les inquiétudes. Du coup, la vie semble avoir repris son cours normal : boutiques ouvertes, pas de pénuries alimentaires, pas de bombardements, de victimes…Quand on pense à Verdun et à Bar-le-Duc avec leurs ruines et leurs réfugiés, on sent la différence.

Elle réside aussi dans la forte présence de troupes étrangères. Le corps britannique est bien là avec ses tommies. En instance d’être envoyés sur le front nord entre Arras et Saint-Quentin ou rapatriés un court moment à l’arrière, ils se font remarquer par leur civilité de bon aloi. Plus étonnante a été la découverte des troupes indiennes de l’armée anglaise. A cet effet, je me suis rendu Gare du Nord où un détachement de ces troupes débarquaient. Leurs teints basanés, leurs yeux noirs et perçants, leurs turbans et leurs longues tuniques avec à la ceinture le grand couteau courbé des indigènes, leur donne un air farouche. Naturellement, il n’y a pas à Paris que des militaires étrangers ; on peut noter un bon nombre d’uniformes français, principalement des officiers de liaison en mission vers différents états-majors.

Hélas, à l’opposé des villes proches du front, on rencontre beaucoup de grands blessés : la plupart sont des invalides, des amputés. Ils sont envoyés en convalescence ou prolongent un séjour ne sachant pas toujours où sera leur futur foyer. Les célibataires pensent rester car ils trouveront sur place les aides nécessaires pour surmonter leur handicap. Car celles-ci, localement, ne manquent pas. Là, nous retrouvons la solidarité bien française qui s’exerce partout où elle est possible. Nous l’avons vue à Bar-le-Duc, la semaine dernière. Nous la voyons aujourd’hui à Paris, rue de la Motte-Piquet par exemple. Une association œuvre au profit des Familles pauvres des Mobilisés parisiens. « Donnez-nous, SVP » voila ce que l’on peut lire sur une banderole au premier étage du bâtiment qui accueille les dons.

Sur le plan militaire, la flamme patriotique est entretenue par une vaste exposition qui se tient aux Invalides et au musée de l’Armée. Il s’agit de cette magnifique exposition des Trophées. A l’intérieur sont placés les drapeaux pris à l’ennemi mais à l’extérieur, dans la Cour d’Honneur, les canons allemands sont alignés pour bien montrer que la puissance teutonne s’affaiblit de jour en jour… La victoire est sans doute proche ! Le Général Joffre a pris au cours de ce mois le commandement en chef des armées françaises. Quant au Général Gallieni, bien que sérieusement malade, il a été nommé le 29 octobre Ministre de la Guerre. En 1914, il fut, on s’en souvient,  le célèbre et génial Gouverneur militaire de Paris.

En cette fin de décembre, dans ce Paris en apparence si tranquille, loin du tonnerre de l’artillerie, avec une température si douce, plus de 16 degrés, on s’engourdit, on oublie… Et pourtant. Il me faut retourner en Meuse. Les secteurs meurtriers du printemps dernier demeurent des zones de combat où l’on continue de mourir. La quiétude d’ici nous oblige à revenir là-bas pour parler de ceux qui connaissent la peur, la boue, la mort…et qui se montrent dignes de la France. Dès mon retour, je me rendrai aux Eparges. A cet endroit, les sacrifices furent les plus grands et l’horreur, hélas, la plus manifeste.

Nicolas BLANDIN, le 07 Janvier 1916

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