Chronique n°5: Bar-le-Duc et les bombardements

L’afflux des réfugiés à Bar-le-Duc rappelait -si c’était nécessaire- que la guerre était là avec son cortège de souffrances et de destructions. En effet, cette guerre ne touchait pas que les communes du nord du département, ni celles à proximité du front de Saint-Mihiel à Vauquois en passant par la Woëvre, Les Eparges et Verdun. Bar-le-Duc, aussi, subissait directement les affres du conflit. Les avions allemands, les taubes, bombardaient périodiquement la ville.

Dépités de n’avoir pu s’emparer de la préfecture meusienne en septembre dernier, des’être aventurés si près, à Revigny-sur-Ornain, sans réussir à planter le drapeau impérial sur la cité ducale, les Allemands bombardèrent la ville comme par vengeance, à titre de représailles. Certes, il y avait des troupes à anéantir, un Service de Ravitaillement et d’Etapes à démanteler, tout un réseau de commandement à désorganiser, mais l’intérêt stratégique était des plus minces. Ces destructions par attaques aériennes avaient surtout un but psychologique : atteindre le moral de l’arrière-front.

Ce n’est pas pour rien que des ballonnets chargés de paquets contenant la Gazette des Ardennes furent largués. Les nouvelles des populations occupées devaient alarmer les réfugiés en fuite et les soldats en transit. Ce n’est pas pour rien, également, que le 11 octobre, il y a quelques jours seulement, une pluie de fléchettes tombait des avions ennemis. Des feuilles imprimées les accompagnaient avec la mention suivante : « Invention française, fabrication allemande ».

Cependant, croire que le mal causé ne relevait que du domaine psychologique serait une grossière erreur. En effet, les bombardements, même assez peu fréquents pour l’instant, détruisirent des bâtiments provoquant des incendies dangereux. Ces derniers eussent été dévastateurs sans le zèle d’un détachement des sapeurs-pompiers de Paris mis à la disposition de la ville depuis plus d’un an et sans l’aide efficace de l’Armée toujours présente et disponible.

Mais Bar-le-Duc ne pouvait rester inactive face à ces attaques aériennes au potentiel meurtrier si des mesures n’avaient été prises et menées à terme par les agents communaux et préfectoraux. Hommage à eux ! Ainsi, il fut aménagé des refuges dans des caves voutées de la Ville Basse et dans la roche de la Ville Haute. Des percées dans les collines boisées contiguës à la ville permirent la création d’abris temporaires. La ville aménagea aussi des galeries souterraines avec des plafonds de ciment. J’appris qu’il y en avait 21. Je ne citerai que quelques unes : cinq, route de Savonnières, deux, rue de Polval, deux dans le parc de l’Hôtel de Ville…Les abris de la place Reggio avaient un aspect singulier. Ils formaient une série de tunnels recouverts de tôles voutées. Les entrées étaient en partie obstruées par des pierres et des gravats. La statue du Maréchal Oudinot dominait le dispositif. A l’intérieur, des alvéoles protégeaient encore davantage les habitants accourus en entendant l’ululement des sirènes. Petit à petit, tous les abris, qu’ils soient dans les caves, dans la roche, ou sous les tôles voutées, bénéficièrent d’un aménagement spécial : mise en place de l’électricité, d’un léger matériel de secours, de produits pharmaceutiques, d’outils de terrassement (pelles, pioches)… Il arriva même une chose incroyable. En creusant un abri, rue Saint Jean, sous la Ville Haute, on découvrit l’amorce d’un souterrain du temps des Ducs de Bar !

Au final, les Barrisiens avaient su se protéger et surmonter les dangers venus du ciel. Comme ils avaient été capables d’accueillir, de nourrir et de secourir les réfugiés, ils tenaient tête à l’ennemi. Selon une habitude vite prise, la Meuse se montrait à la hauteur. Tant pis pour les soldats de Guillaume II…

Nicolas BLANDIN, le 02 Novembre 1915

2 réflexions au sujet de « Chronique n°5: Bar-le-Duc et les bombardements »

  1. Bonjour et merci pour cette page de Bar le Duc.
    Sur ma maison à Sampigny, il y avait une croix de Lorraine peinte en rouge sur l’encadrement en pierre de la porte de grange. Ma mère m’avait dit que se signe indiquait au passant qu’il y avait une cave pour se mettre à l’abri lors de bombardement. Je ne sais si c’était pour 14 ou 40.
    Bonne journée.

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  2. Bonjour Très cher Nicolas,

    Auriez-vous pris des photographies lors de vos déplacements ? Des témoignages photographiques illustrant votre chronique seraient très appréciés, surtout des meusiens qui connaissent ces lieux.
    Merci pour cette chronique. Je partage largement sur les réseaux.

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