Chronique n°4 : Bar-le-Duc et les réfugiés

Dès mon arrivée à Bar-le-Duc, j’ai été frappé par le nombre de réfugiés dans le hall de la gare, bien sûr, mais aussi dans toutes les rues de la ville. La guerre les avait obligés à quitter leur village soit qu’il fut bombardé, soit qu’il fut menacé. Les réfugiés ne sont pas des émigrés mais des infortunés qui fuient, des concitoyens qui recherchent protection, aide, assistance. Ils ont besoin d’un réel soutien matériel et d’une franche compassion civique.

Ils commencèrent à arriver ici dès le mois de septembre de l’an dernier. En Meuse, les combats faisaient rage presque partout. Au nord, naturellement, vers Mangiennes et Etain, au centre et sur la Meuse, à Saint-Mihiel, et tout près d’ici, à Rembercourt et à Revigny. Tous les bombardements avaient jeté sur les routes des familles entières à l’exception du chef de famille qui était mobilisé. Mais il n’y avait pas, hélas, que des réfugiés du département. Il en venait de Meurthe-et-Moselle, suite aux batailles près de Nancy. Il en venait aussi de plus loin, des Ardennes et de Belgique, fuyant l’invasion allemande d’août.

Réfugies, évacués, tous se retrouvaient là sans abri, démunis. On en dénombra plus de 3 000. De nombreux soldats, en déplacement, pouvaient ajouter de la confusion. Mais Bar-le-Duc était le siège de la Direction des Etapes et des Services de la III° Armée. Le Général Goigoux, commandant la Direction, se montrait à la hauteur de la situation grâce à son caractère ferme et à sa compétence reconnue. Il fit merveille.

Il fut aidé –il faut bien le dire- par la ville elle-même qui fit preuve d’une belle solidarité et d’un réel patriotisme. D’abord certains habitants mirent à la disposition des réfugiés des chambres ; d’autres apportèrent des secours en argent et en nature. Devant l’afflux toujours croissant des réfugiés et en prévision de l’hiver, il fut créé en novembre dernier un Comité au Logement. Chargé de l’accueil et de l’affectation dans des installations collectives, il accomplit sa tâche avec l’efficacité qui convenait. J’ai pu rencontrer son secrétaire, M. Boller. C’est par lui que je m’informais. Il me fit visiter la plupart des lieux d’hébergement : la maison Blanpain, rue de la Banque, les logements de la rue Thiers, la salle d’asile, rue Navaton, la salle de la Justice de Paix, la salle des Ecoles de la place du Château… Cependant, l’aide au logement ne pouvait suffire.

La question de l’alimentation, du chauffage, de l’habillement aussi, se posait. Là encore, les services de la ville, ceux de l’Armée et ceux de la population apportèrent une contribution décisive. Des fourneaux populaires furent mis en place afin de fournir à tous ces nécessiteux du pain et d’autres aliments de base, comme les pommes de terre. L’Intendance réquisitionna des conserves et des couvertures qu’elle distribua avec un généreux discernement. M. Boller me fit connaître les associations de soutien aux réfugiés : le Secours national, le Comité meusien de Paris, le Groupe des Dames barrisiennes-parisiennes… La Caisse d’Epargne de Bar-le-Duc créa un établissement pour des douches. Des dames et des jeunes filles de la ville, réunies en ateliers de travail ou en salons privés, confectionnaient des layettes. Les enfants en bas-âge furent l’objet de toutes les sollicitudes féminines. On le comprend aisément et on l’admire tout autant. J’ai appris par mon brave informateur qu’un arbre de Noël fut organisé, l’année dernière, où 428 enfants, précisément, reçurent chacun un cadeau : une paire de bas, une bille de chocolat, une orange et trois beignets.

La modestie de ces présents ne doit pas faire oublier que c’est la générosité des Barrisiens qui soulagea l’indigence des réfugiés. La chaleur du cœur réchauffe plus que le bois de la cheminée. Je ne voulais pas commencer mes chroniques meusiennes sans mettre à l’honneur ceux qui ont souffert et ceux qui ont offert. Maintenant, j’ai conscience d’avoir accompli un devoir de reconnaissance et de mémoire ; je pourrai, ainsi, écrire la conscience apaisée.

Nicolas BLANDIN, 26 Octobre 1915.

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